Les trouvailles du mois
LE VIN A METTRE EN CAVE
Léoville-Barton 86

Cuisine et vins de France

Décembre 1992 - janvier 1993

Deuxième cru classé de Saint-Julien, le château Léoville-Barton 86 est un grand vin d’un millésime exceptionnel. Qui plus est son prix est raisonnable.

La famille d’Anthony Barton, propriétaire actuel du château Léoville-Barton et de son petit frère le château Langoa-Barton, 3e cru classé, est établie dans le Bordelais depuis le premier quart du XVIIIe siècle. Hugh Barton, qui a survécu aux vicissitudes de la Révolution peu favorable aux étrangers, acheta d’abord Langoa en 1821 et cinq ans plus tard, un quart de Léoville. Ce qui fait que les Barton sont les plus anciens propriétaires « continus » de crus classés en 1855. Et la suite est déjà là, en la personne de la fille d’Anthony, Liliane, et ses deux petits-enfants.

La belle chartreuse médocaine qui figure sur l’étiquette de Léoville est en vérité le château de Langoa, où sont vinifiés et élevés les deux vins Barton. Mais le vignoble de Léoville est trois fois plus grand que celui de Langoa, 45 hectares de vignes contre 15.

Les deux vignobles sont contigus par endroits et partagent le même type de terroir de croupes graveleuses au sous-sol argileux. Les encépagements comprennent 70% de cabernet-sauvignon, 20% de merlot, 8% de cabernet-franc et 2% de petit-verdot. La vinification aussi est identique mais les vins sont bien différents, reflétant leurs rangs respectifs dans la classification.

Tout est très soigné à Léoville-Langoa. Le vignoble ne reçoit que des engrais biologiques. Les vendanges sont manuelles et, au besoin, sont triées à la main pour éliminer toute trace de pourriture avant l’éraflage à 100%. Les raisins sont foulés et pompés dans les grandes cuves tronconiques en bois pour la fermentation et la macération qui durent entre 10 et 30 jours, avec un strict contrôle des températures afin de ne pas dépasser les 30°C. Après l’écoulement des cuves, le marc est pressé et, selon l’année, une partie du vin de presse rejoint l’assemblage.

Le vin est élevé en barriques, dont une moitié de neuves, pendant 24 mois. Il est clarifié « collé » aux blancs d’œufs frais battus en neige mais n’est pas filtré, ce qui lui laisse tout son naturel et préserve ses arômes et sa concentration.

Le château Léoville-Barton 86 montre une robe d’un grenat très profond, encore un peu bleuté de jeunesse. Il possède un nez intense mais élégant aux arômes de bois neuf, réglisse, cassis, violette, moka, chocolat noir, suie.

Malgré sa jeunesse il est superbe. La bouche confirme le nez. Le vin est frais mais gras et concentré, sur une structure de tanins très fins quoiqu’encore bien serrés. On sent le soyeux à venir, l’énorme promesse de ce grand vin au goût persistant sur le fruit et la suie.

Il a l’étoffe de la magnifique année 1952, récemment goûté au château.

Vins Fins Anthony Barton, 33250 Saint Julien-Beychevelle.

Comment le boire ?

Encore une fois ne le « chambrez » pas. Il se boit entre 16 et 18°C après avoir été ouvert au moins une heure pour laisser se développer le bouquet. Il est un peu trop jeune à boire tout de suite. A 10 ans d’âge, c’est-à-dire dans quatre années seulement, il devrait se montrer plus fondu. Mais ce n’est que le début. Il se gardera plusieurs décennies dans une cave.