Les trouvailles du mois
LE VIN AU QUOTIDIEN
Montigny, Orléanais 92

Cuisine et vins de France

L'Orléanais : un joli vin très ancien, qui a bien failli disparaître. Aujourd'hui Vdqs, en route pour l'Aoc, le rouge 92 de Roger Montigny et Fils est exemplaire.

En 560, sous le règne de Clotaire Ier, Saint Grégoire, évêque de Tours écrivait : "Le territoire d'Orléans a toujours été fécond et abondant en vignoble". Au Moyen-Age, les vins de l'Orléanais étaient très prisés à la cour royale, à Rouen et même jusqu'en Angleterre. En 1910, les vignes couvraient encore 15 000 hectares dans le croissant de 25 communes allongées sur 60 kilomètres, surtout sur la rive nord de la Loire, entre Châteauneuf-sur-Loire à l'est, à Tavers au-delà de Beaugency à l'ouest.

De tout cela, il ne reste presque rien sur la rive nord de la Loire, envahie par l'urbanisme dévorant de la ville d'Orléans. La rive sud a heureusement repris un peu la relève et il subsiste encore 150 hectares en Vin délimité de qualité supérieure sur les communes d'Olivet, Saint-Hilaire-Saint-Mesmin, Mareau-aux-Près, Mézières-lez –Cléry et Cléry-Saint-André.

Quatre-vingts pour cent de la production sont fournis par la cave coopérative, mais un certain nombre de vignerons indépendants mettent encore en bouteilles, notamment Roger Montigny et son fils Daniel, dont la femme Martine fait énormément pour promouvoir les vins de l'Orléanais et les hisser vers la consécration de l'appellation d'origine contrôlée.

Les cépages sont nombreux : auvernat blanc (chardonnay), auvernat gris (pinot gris) et auvernat noir (pinot noir), tous introduits dans l'Orléanais par des Auvergnats, d'où leurs noms, ainsi que le noir dur (cabernet-franc) et le gris meunier (pinot meunier) le plus typé de l'Orléanais. Les Montigny ont toutes ces variétés sur leurs 17 hectares de vignes, ainsi que du sauvignon et du gamay, vendus en vins de pays. Le rouge 92 dont il s'agit ici est issue à 80 % de gris meunier avec 20 % d'auvernat noir, tous les deux plantés sur un sol siliceux au-dessus d'un sous-sol argilo-calcaire. Les vendanges sont mécaniques et la récolte est égrappée totalement car la machine à vendanger n'enlève que 30 % de la rafle (squelette ligneux des grappes).

Le fermentation se passe à degré élevé (32°) en cuve inox. On vide la cuve et on presse le marc (ex-chapeau) dont les premières pressées rejoignent le reste du vin. Après la fermentation malolactique, viennent soutirages, collage, filtration sur diatomées fossiles, traitement par le froid, pour précipiter tout excès d'acide tartrique, puis stockage en cuve sous gaz inerte (azote) jusqu'à la mise en bouteilles d'avril, juin et septembre.

D'une belle robe rubis-cerise pâle, le 92 a un nez typé de petits fruits rouges : cerise, fraise des bois, groseille. En bouche, il se montre frais mais avec du gras, sur une charpente de tannins encore un peu jeunes mais fins. Il est long en goût, fruité et tannique.

Gaec Clos de Saint-Fiacre, 560 rue de Saint-Fiacre, 45370 Mareau-aux-Près.


Comment le boire ?

Il est déjà très bon à boire frais (11-12°) et il s'assouplira davantage dans quelques mois. Il peut aussi se garder deux ou trois ans sans crainte. Il accompagnera charcuteries et terrines de gibier, viandes rouges ou blanches grillées et même un clafoutis aux cerises.