Les trouvailles du mois
LE VIN A METTRE EN CAVE

Cuisine et vins de France

Novembre 1992

Ce champagne brut blanc de blancs 86 de Pierre Moncuit manifeste déjà toutes ses qualités de fruité, d’harmonie, mais il sera intéressant dans quelques années.

Un champagne peut sembler être un choix curieux en tant que vin à mettre de côté. Détrompez-vous, le champagne peut vieillir remarquablement, surtout ce Pierre Moncuit, brut blanc de blancs du Mesnil-sur-Oger, l’un des six grands crus classés à 100% de la Côte des Blancs au sud d’Epernay. J’en ai personnellement goûté une gamme de vieux millésimes remontant à un superbe 28. Ce qui démontre que les champagnes résultant d’assemblages, certes très savants, ne détiennent pas seuls le secret d’un vieillissement magnifique.

Mais là n’est pas le propos. Seul le temps nous dira si le 86 ira aussi loin. C’est, en tout cas, une excellente année pour les blancs de blancs, nettement mois pour les assemblages avec pinot noir et pinot meunier. Et ce 86 tiendra certainement quelques décennies.

Ce qu’il faut surtout voir, c’est comment il sera à 10 ans d’âge, c’est-à-dire dans seulement quatre ans. Car il faut savoir qu’un grand champagne devient vraiment intéressant à partir de cet âge. Il me reste encore quelques bouteilles du millésime 82 qui sont meilleurs aujourd’hui qu’à leur sortie en 1988 quand elles étaient déjà excellentes. Le vin qu’elles contiennent a une amplitude, une complexité, une harmonie, une race et une longueur remarquables.

Il en ira sans doute de même du 86 car il provient des mêmes 20 hectares de vignes de chardonnay, tous sur Le Mesnil-sur-Oger, qui appartiennent à Pierre Moncuit, récoltant-manipulant. Le vignoble et le vin sont depuis 1982 entre les mains expertes de Nicole, la fille, tandis que son frère Yves s’occupe de la commercialisation. Nicole, quant à elle, surveille de très près le vignoble. Elle cultive elle-même un petit lopin pour suivre tous les ans l’évolution de la vigne.

Pour le chardonnay, 1986 donna une récolte abondante et saine, bien mûre et équilibrée entre un bon degré en alcool naturel et une bonne acidité. Actuellement, le vin a une belle robe dorée et une mousse abondante, fine et vivement persistante : le nez est déjà fin et complexe, aux arômes de café, beurre cuit, pâte d’amande et minéral.

En bouche, il est frais et élégant, avec du corps, harmonieux et racé, très persistant en goût, bien typé de son terroir de craie kimmeridgienne.

Champagne Pierre Moncuit, 11, rue Persault-Maheu, 51190 Le Mesnil-sur-Oger.

Comment le boire ?

Vous avez, bien sûr, le droit de le boire maintenant mais gardez au moins la moitié de vos bouteilles pour les « étudier » dans quatre petites années. Vous pourriez regretter celles que vous auriez déjà bues !

Vous pourrez toujours boire le 86 en apéritif, mais il sera merveilleux sur des poissons en sauce, les volailles, le lapin et d’autres viandes blanches. Et avec la potée champenoise, roboratif plat régional peu connu ailleurs. Aux légumes classiques de potée : choux, carottes, navets, poireaux et pommes de terre, on rajoute des haricots blancs, sans oublier jambon, poitrine fumée, saucisson et poulet.