Les trouvailles du mois
LE VIN AU QUOTIDIEN

Cuisine et vins de France

Novembre 1992

Heureuse découverte à petit prix dans une appellation méconnue : les Coteaux du Vendômois. Ce pineau d’Aunis 91 sera étonnant à l’apéritif et sur les volailles.

Un rosé en octobre ? Pourquoi pas, puisque c’est un vin de caractère qui n’a peur ni des viandes, ni des gibiers légers. Et quand la lumière s’affaiblit, un dernier rayon de l’été ne peut qu’être le bienvenu. Il s’agit d’un vin étonnant des Coteaux du Vendômois, région quasi inconnue bien qu’elle soit la plus proche de Paris, après la Champagne, géographiquement parlant, mais à seulement quarante minutes en TGV. Cette petite appellation du nord-ouest du Loir-et-Cher s’étire dans un chapelet de 33 communes le long du Loir, partant de Vendôme à l’est jusqu’à Couture à l’ouest, à la limite de la Sarthe. Elle ne comprend que quelque 100 hectares en appellation d’origine VDQS « Coteaux du Vendômois », et ne compte que 16 vignerons qui mettent en bouteille eux-mêmes ainsi que 150 autres qui adhèrent à la cave coopérative de Villiers-sur-Loir. Heureusement, cette appellation commence à émerger de l’anonymat grâce à de plus en plus nombreux jeunes vignerons, tels que Patrice Colin, qui veulent avant tout faire du vin de qualité. Sa famille est établie depuis 1735 à Thoré-la-Rochette, mais il est le premier à oublier la polyculture pour ne faire que du vin. A 32 ans, ce jeune et grand barbu est déjà président du syndicat des producteurs des Coteaux du Vendômois et gagne souvent des médailles aux concours locaux et nationaux. A ses débuts, il n’avait que 6 hectares qui sont aujourd’hui passés à 15 en GAEC (Groupement agricole d’exploitation en commun), avec son père. Presque toutes les vignes sont sur la commune de Thoré-la-Rochette, qui jouit d’un terroir très semblable à celui de Vouvray : coteaux d’argile à silex au sous-sol calcaire. Colin gère plusieurs variétés, mais celle qui nous intéresse ici est le pineau d’Aunis, appelé aussi chenin noir, dont il possède trois hectares en deux parcelles. Une des raisons de la qualité du vin « gris » qu’il en tire, c’est l’âge des vignes, pas moins de 80 ans ! Elles ont donné 60 hectolitres à l’hectare en 1991 car le gel du printemps qui a ratatiné cette récolte dans la vallée du la Loire, n’a pas touché Thoré.

Le pineau d’Aunis a des raisins noirs et il fait un excellent vin rouge dans les meilleures années, mais il lui manque souvent de la couleur. Pour cette raison, il est généralement vinifié en vin gris. A la différence du rosé, le gris ne subit aucune macération avec les peaux. Les raisins sont pressés tout de suite comme pour faire un vin blanc. Seulement, pendant le pressurage, le jus coule quand même sur les peaux écrasées, ce qui lui donne ce teint saumon très pâle, appelé localement « œil de gardon ».

Le 91 a un nez fin et bien fruité de cerise, avec une note poivrée particulière à son cépage. En bouche, il est frais et vif, au corps léger mais rond, le goût bien persistant sur le poivre. C’est un vrai « vin de soif » qui ne pèse que 11°5.

Patrice Colin, 41100 Thoré-la-Rochette.

Comment le boire ?

A l’apéritif, avec rillons et autres charcuteries, viandes blanches et volailles, y compris cailles et faisans.