LA BOUTEILLE DE LA SEMAINE
Le coteaux-du-vendômois rouge 1986

Elle

23 mars 1987

Sûrement l'une des appellations les moins connues de France, les coteaux-du-vendômois ne sont pourtant pas loin de Paris. Comme le nom l'indique, le territoire de ce vin délimité de qualité supérieure commence à Vendôme pour suivre les méandres du Loir jusqu'à La Chartre-sur-le-Loir.

C'est à Montoire que Jean-Baptiste Pinon habite avec ses parents et cultive un seul hectare de vignes. S'il est mieux connu pour son excellent jasnières, venant de Lhomme près de Marçon, son coteaux-du-vendômois rouge mérite tout autant la notoriété. Il en prend grand soin comme son père Marcel avec son beau vouvray et sans doute tous ses ancêtres, vignerons à Vouvray de père en fils depuis le règne de Louis XIII. Ils ne s'intéressent pas à « faire pisser la vigne », mais sont fiers de la concentration et de la longévité de tous leurs vins due au petit rendement de leur bonne proportion de vieilles vignes.

Ce sont des gens charmants, de moyens modestes. Chez eux, à Montoire, vous ne verrez pas d'inox, le pressoir vertical a l'air complètement vétuste. Mais les vins sont d'une pureté de goût rarement rencontrée. Ni trop alcooleux ni sentant l'anhydride sulfureux, ils passent comme la fameuse lettre à la poste. La réglementation des coteaux-du-vendômois exige un minimum de 30% du beau cépage peu productif, le pineau d'Aunis, le reste pouvant être le productif gamay, qui gomme toute la finesse du pineau d'Aunis. Qu'à cela ne tienne, Pinon fait une exquise cuvée de pur pineau d'Aunis qui est une pure merveille. Certains ignares qualifient ce cépage de « rustique ». Sans doute, car il est parfois dur et assez tannique dans sa jeunesse. Mais connaissez-vous beaucoup de vins rustiques capables de vieillir trente, cinquante ans et même plus ?

Jugez-en. La couleur du 1986, très bon millésime, est grenat profond. Les arômes du nez sentent la griotte presque comme le gevrey-chambertin ou le morey-saint-denis. En bouche, il est frais, très fruité, tannique avec un côté un peu dur qui est caractéristique de ce vin dans sa jeunesse. Il est bien équilibré et il a une belle consistance, du goût, mais il gagne sans cesse à vieiller. Buvez-le jeune, un peu frais, plus chambré avec quelques années de plus, sur pâtés, oie, gibier et canard, surtout aux cerises. Vous aurez un petit gevrey-chambertin à un prix défiant toute concurrence.

Jean-Baptiste Pinon, 12, promenade du Tertre, 41800 Montoire-sur-le-Loir.

Et pour mieux connaître les crus du Loir, le dimanche 15 mars, rendez-vous à la foire de ces vins à Marçon, entre Château-du-Loir et La Chartre-sur-le-Loir, à une quarantaine de kilomètres environ au sud-sud-est du Mans.