LA BOUTEILLE DE LA SEMAINE
Le coteaux du Lyonnais

Elle

18 avril 1988

J'ai découvert les coteaux du lyonnais il y a quatre ans avec un ami de longue date, Jean Chanrion, ex-boulanger, ex-restaurateur, aujourd'hui bistrotier. Au début de l'année il a ouvert un bistrot, le Vin des rues, et y sert le merveilleux coteaux du lyonnais du père Descotes. Malgré ses origines beaujolaises, Chanrion, aussi têtu et pas plus gros qu'Obélix, est un fervent défenseur des coteaux du lyonnais. Limitrophe du Beaujolais au nord, cette région qui est envahie par la banlieue ouest de Lyon touche au sud les côtes du Rhône.

C'est à Millery, à 15 km au sud de Lyon sur les hauteurs de la rive droite du Rhône, que se situent les cinq hectares de vignes d'Etienne Descotes et de son fils barbu Pierre. La grande majorité de leur vignoble est plantée en gamay, le même cépage du beaujolais, sur un sol caillouteux de moraine glaciaire. Les raisins sont cueillis à la main dans des caisses en plastique de 90 litres et déversés dans les cuves pour une fermentation plus ou moins en macération carbonique (à l'abri de l'air sous couverture de gaz carbonique) pendant environ cinq jours à assez basse température (de 25° à 28°). Ce type de vinification assure beaucoup de fruité et de glissant au vin. Tout comme son frère le beaujolais, il peut être bu en primeur et il se boit d'année en année, car au-delà de deux ou trois ans il perd de sa fraîcheur et de son charme. Mais entre-temps, quel délice !

Sa couleur est d'un superbe rubis-cerise aux reflets bleus de jeunesse. Le nez est très fruité, sentant le bonbon anglais à la framboise, la banane, le cacao. En bouche on retrouve les arômes du nez avec de la fraîcheur due à une bonne acidité, du glissant, un soupçon de picotement de gaz carbonique sur le bout de la langue, garant de la fraîcheur, un bon équilibre et un goût persistant. Il est à boire jeune et bien frais (10-12°) sur pratiquement tout, depuis les fruits de mer jusqu'aux viandes rouges. Il accompagne à la perfection la cuisine lyonnaise et beaujolaise de Chanrion : gras-double, andouillette (de chez René Besson, dit « Bobosse » à Saint-Jean-d'Ardières dans le Beaujolais), etc. Et si vous êtes à Paris, allez le boire au verre ou au litre au Vin des rues de Chanrion. Il est encore plus fruité, car non filtré et livré en vrac directement de la cuve.

Etienne Descotes et Fils, Les Grès, Millery, 69390 Vernaison

Le Vin des rues, 21, rue Boulard, Paris-14e, fermé le dimanche. Plat chaud à midi (sauf samedi) et le soir mercredi et vendredi. Le coteaux du lyonnais n'y coûte que 32 F le litre sur table ! Eh oui !