LA BOUTEILLE DE LA SEMAINE
Le Mâcon-Villages 1984

Elle

20 février 1989

Le Mâconnais produit les vins du meilleur rapport qualité-prix de la Bourgogne. Et ce rapport est encore meilleur dans les millésimes considérés « petits », que ce jugement soit vraiment valable ou pas. C'est le cas de 1984, condamné partout comme médiocre. Cela est vrai pour la plupart des vins rouges 1984 bien que bon nombre de producteurs habiles aient parfaitement réussi le leur cette année.

Par contre, les « petits » millésimes de rouge sont souvent d'excellentes années de blanc pour peu qu'on leur donne le temps d'arriver à plénitude. En fait, à part quelques vins comme le beaujolais ou le sauvignon qui sont à consommer dans l'année, on boit presque tous les vins beaucoup trop jeunes. Aussitôt mis sur le marché, aussitôt achetés et bus, même les crus classés du Médoc. Mais quelle récompense quand on sait attendre la maturation d'un vin pour l'apprécier !

C'est rare de pouvoir proposer un tel vin aux lectrices de ELLE, car peu de producteurs ont des réserves de vins mûrs à vendre ou s'ils en ont c'est à des prix ahurissants. Mais voilà enfin l'occasion. Pierre Ferraud et ses fils ont acheté en mai 1985 une superbe cuvée de mâcon-villages 1984 venant de Clessé, commune à 10 km au nord de Mâcon. Après trois mois d'élevage en foudres chez les Ferraud, ce vin de chardonnay fut mis en bouteilles et proposé à la vente début 1986. Seulement, ils n'en ont pratiquement pas vendu car personne ne voulait de ce millésime maudit et il leur est resté sur les bras. Ainsi eut-il le temps d'arriver à son sommet. Etant en décembre chez les Ferraud, je l'ai goûté et j'en fus ébloui. Je saute sur l'occasion de partager avec vous cette révélation de la qualité à la fois du mâcon-villages à pleine maturité et du 1984.

Le mâcon-villages 1984 de la maison Ferraud a une belle couleur dorée pâle. Le nez est complexe mais assez discret au début. Avec le temps, il sent la chèvrefeuille et le miel. Pourtant, c'est en bouche, surtout une demi-heure après avoir été débouché, qu'il devient un vrai feu d'artifice. Parfaitement net, il a un goût exquis de miel tout en restant complètement sec. Bien équilibré, il a du corps, de la rondeur et une très longue persistance du goût. Je ne savais pas qu'un mâcon-villages pouvait atteindre tant de perfection.

C'est maintenant qu'il est à son sommet et qu'il faut le boire. Car s'il peut y rester plusieurs mois encore, il serait vraiment dommage d'attendre qu'il commence à décliner. Servez-le à 10-12°, pas trop froid, et une demi-heure après l'avoir ouvert. C'est superbe sur les suprêmes de volaille à la crème ou nature, la blanquette de veau et aussi sur les poissons en sauce.

Pierre Ferraud et Fils, 31, rue du Maréchal-Foch, 69823 Belleville Cedex.