LA BOUTEILLE DE LA SEMAINE
Le Beaujolais 1988 « Cuvée traditionnelle »

Elle

15 mai 1989

Au mois de novembre dernier, ELLE vous a proposé un beaujolais primeur à 11° sans adjonction de sucre et tout en fruit. Malgré la grève postale de l'époque, de nombreuses commandes sont enfin arrivées à Pierre-Marie Chermette, le vigneron qui a créé ce vin remarquable. Néanmoins, il est possible que la grève ait découragé quelques lectrices.

Ce n'est pas très grave car sa « cuvée traditionnelle » de Pâques est maintenant en bouteilles et prête à boire. Pourquoi ce nom ? Parce qu'on disait dans le temps que le beaujolais devait « faire ses Pâques » avant d'arriver sur le marché.

Et pourquoi cela ? Sans doute parce que les rendements étaient plus faibles venant de vignes plus vieilles que la plupart de celles qui existent aujourd'hui et ainsi les vins étaient plus concentrés. Eh bien, c'est exactement le cas du vin de Chermette, au moins pour la partie de son vignoble en vieilles vignes de 40 à 60 ans qui ont à la fois donné la « cuvée ELLE » de primeur et celle de Pâques.

Le primeur venait des vignes qui avaient « seulement » 40 ans et qui ont fourni du vin fruité, vif et coulant. Par contre, des cinq foudres de vin issu de vieilles vignes, deux étaient plus durs, plus tanniques, plus foncés en couleur. Ces caractéristiques étaient le garant de la bonne tenue d'un vin de garde. La preuve en est que Chermette fait cette « cuvée traditionnelle » de vieilles vignes sans adjonction de sucre depuis six ans et son premier vin, le 1983, est encore superbe. Etant donné la grande qualité du millésime 1988, il devrait se garder tout aussi bien, surtout parce que la « cuvée traditionnelle » vient essentiellement des plus vieilles vignes de 60 ans.

Et puis il ne faut pas non plus oublier le sol exceptionnel de la commune de Saint-Vérand où se trouve l'exploitation de Chermette. Elle est située dans le sud du Beaujolais, entourée du terroir argilo-calcaire des simples beaujolais. Mais, à Saint-Vérand, il y a une intrusion d'arènes granitiques, tout comme dans le terroir des beaujolais-villages dans le Nord, quoique ici il n'ait pas droit à cette appellation supérieure.

Le vin n'a subi pratiquement aucun traitement. Juste un « collage » aux blancs d'œufs qui entraînent des matières en suspension au fond et un dégazage pour éliminer l'excès de gaz carbonique. Une adjonction d'anhydride sulfureux, au dixième de la quantité autorisée par la loi. Aucune filtration. Enfin, c'est difficile de faire plus naturel.

Le résultat est remarquable : un vin d'une couleur magnifique, rubis pourpre profond, au nez intensément fruité de cassis, framboise et violette. Ce fruité dense se retrouve en bouche avec de la vivacité, une solide charpente tannique et une très longue persistance. La pureté du goût est extraordinaire et, malgré un caractère encore très jeune, ce vin pourra facilement se garder une dizaine d'années en s'améliorant. Pour l'apprécier à son mieux, buvez-le sur une côte de bœuf rôtie ou grillée ou bien un carré d'agneau.

Pierre-Marie Chermette, Domaine du Vissoux, 69620 Saint-Vérand