LA BOUTEILLE DE LA SEMAINE
Le Château Gazin 1981

Elle

5 mars 1990

Il est rare de pouvoir proposer un beau bordeaux en plein épanouissement à un prix, somme toute, bien raisonnable : exactement 10 F par année. Il s'agit du château gazin 1981, un pessac-léognan. Mais comme cette appellation d'origine contrôlée prestigieuse n'existait pas encore en 1981, ce fut un simple graves.

Les lectrices de ELLE connaissent déjà ce château par le millésime 1985, donc je n'en rappellerai aujourd'hui que les grandes lignes. Il appartient aux consorts Michotte, mais c'est l'œnologue-vigneron Jacques Fourès qui en assure l'exploitation sous fermage depuis 1974.

Les 15 hectares du vignoble sont plantés à 80% en cabernet-sauvignon qui s'exprime le mieux sur le terroir du château gazin, 10% de cabernet franc pour la complexité et la finesse des arômes et 10% de merlot dont la richesse rend le vin aimable tout au long du vieillissement. Mais c'est surtout le sol graveleux, sans oublier l'habileté remarquable de Fourès, qui est déterminant pour la qualité du vin. Les cailloux reflètent la chaleur le jour et la retiennent la nuit aidant ainsi la maturation des raisins. De plus, puisque le sol est filtrant, l'eau descend très rapidement. N'étant pas humide, le sol ne crée pas les conditions favorable à la pourriture. Les racines atteignent l'eau au printemps, quand il en faut pour la croissance de la végétation. En été, la nappe phréatique est plus basse et même si la pluie tombe, elle ne gonfle pas les raisins et ne dilue pas leur matière car l'eau descend vite. Les raisins mûrissent ainsi avec une belle concentration.

1981 fut un bel exemple de l'équilibre qu'offre ce terroir : l'été fut sec et frais mais l'arrière-saison très chaude. Les vendanges furent repoussées jusqu'au 25 octobre, ce qui a permis une bonne maturité et cette austérité qu'on attend d'un graves bien équilibré. Néanmoins, les gens ont un peu oublié 81 avec 82, 83 et 85 qui l'ont suivi. Il se peut que 81 aille le plus loin, grâce à son équilibre. En tout cas, voici ce qu'il donne actuellement : il est d'une couleur grenat très profond, à peine brunissant. Le nez est bien complexe, sentant la viande rôtie, la suie, le chocolat noir, la liqueur de cassis, la réglisse, l'écorce d'orange amère, le kirsch, le pruneau, la résine. En bouche, il est frais et suave, mais avec des tanins bien présents, un peu austère tout en étant bien racé et élégant, équilibré et persistant. Mieux que tout, il a encore un bel avenir devant lui.

Buvez-le à 17-18° sur les volailles, les viandes blanches ou rouges, grillées, rôties ou en sauce. Et surtout n'oubliez pas de l'ouvrir une demi-heure ou plus avant de le servir pour qu'il dégage bien tous ses arômes.

Jacques Fourès, Saint-Genès-de-Lombaud, 33670 Créon.